À NDDL comme à Bure, abandon du projet, aucune expulsion, que la vie foisonne !

Ce matin du 17 janvier 2018, l’annonce de la décision gouvernementale sur le projet de Notre-Dame-des-Landes est imminente. Le suspense est à peine supportable, même si l’hypothèse de l’abandon est plus probable que jamais. Le battage médiatique sur l’évacuation imminente de la ZAD, l’arrivée de renforts de gendarmes mobiles prêt à intervenir, les hôtels réservés à Nantes jusqu’à mi-février, sature nos cerveaux et nos capacités d’analyse.

Pourtant, ce matin, et hier soir, comme tous les autres derniers jours, nous nous sentons profondément relié-e-s, quoi qu’il advienne, et serein-e-s, dans l’attente de la décision. Nous imaginons que le pire est toujours probable, et nous nous tenons prêt-e-s, à Bure comme ailleurs.

Parce que nous savons que cette lutte, qui dure depuis près de 50 ans, nous a marqué pour la vie et nous a transformé.

Parce que nous sentons que les communautés de combat et de vie qui s’y sont entrelacé-e-s sont plus fortes et vibrantes que jamais, qu’elles ont essaimé partout dans le pays et au-delà.

Parce que depuis des années il ne s’agit plus seulement de la lutte contre un aéroport régional mais de la défense acharnée, inventive, audacieuse, de ce que nous avons construit sur ces terres libérées depuis près de 10 ans – en y vivant en quotidien, en y passant de temps en temps, en s’inspirant de la force et la joie qu’on y a trouvé pour lutter là où l’on est.

Il est difficile de dire de quoi la « ZAD » comme la lutte de Notre-Dame-des-Landes sont devenu le nom, tant on y a mis d’amour, de rage, de manifestations populaires gigantesques, d’autodéfense pugnace, de chantiers collectifs, d’actions foisonnantes partout en France et au-delà. La ZAD est autant un lieu à défendre coûte que coûte, que la possibilité politique, partout, d’un resurgissement joyeux et déterminé de l’autonomie politique et matérielle aux coeurs de nos vies ravagées par un système mortifère. La ZAD est autant 1650 ha de chemins, de prairies, d’un bocage riche, et de dizaines de lieux habités, de projets, de cabanes perchées, que ce sentiment inextinguible dans nos coeur d’avoir trouvé des lieux et des rencontres à habiter, et l’envie de les étendre et les partager partout. À Bure, bien sûr, en ce qui nous concerne. Et partout ailleurs où des flammes renaissent. Les « territoires en lutte » ne sont pas que des portions d’espace géographique : il s’agit de nous-mêmes, au fond de nous-mêmes, reconquérir une part de joie, de capacité d’agir et oser penser qu’il est possible de mettre en échec le système qui nous broie.

Depuis la lutte habitée de Bure – que ce soit dans la forêt occupée du bois Lejuc, les dizaines d’installations tout autour, et partout en France où des groupes, des gentes, des comités se créent -, nous, qui écrivons ce texte, exprimons plus qu’un « soutien ». Nous disons que nous ne faisons qu’un, « dans cette étrange unité qui ne se dit que du multiple ».

Nous disons que si l’aéroport est enfin abandonné nous en tirerons une force extraordinaire pour continuer de construire une force collective partout en France, et au-delà, contre l’infâme projet de poubelle nucléaire à Bure – et partout où l’État et la logique capitaliste veulent ravager nos vies. Nous disons que nous nous tiendrons prêt-e-s à défendre la ZAD par tous-tes les moyens, et partout, et que nous ne sommes pas dupes de toutes les manœuvres visant à diviser le mouvement.

Ils n’arriveront jamais à présenter 50 ans de lutte populaire et hétérogène comme une bande de « pré-terroristes », « d’éléments radicaux » à rayer de la carte et à écraser par les bottes. Tout comme à Bure nous mettrons en échec leurs tentatives de réduire la diversité et les promesses du mouvement à « une association de malfaiteurs », quelques dizaines d’individus radicalisés au fond d’un bois dans la Meuse à évacuer au plus vite. Ce qui se joue dans toutes ces luttes est bien plus large, bien plus profond que toutes ces caricatures. Il en va du sens que nous donnons à nos vies.

À Notre-Dame-des-Landes, Bure, Roybon, dans l’Amassada en Aveyron, dans tous les territoires en lutte, dans toutes les luttes contre des projets mortifères, des lois scélérates, des politiques racistes de contrôle et d’expulsion, toutes les destructions sociales, etc, nous cherchons à nous réapproprier peu à peu nos vies contre celles et ceux qui les broient.

Nous appelons à défendre la ZAD et ce qu’elle inspire coûte que coûte, et à venir nombreux-euses pour la grande fête du 10 février, quelle que soit la décision.

Il n’y aura jamais d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ! Il n’y aura jamais de poubelle nucléaire à Bure ! La ZAD vivra, l’autonomie fleurira !

Quelques chouettes hiboux de Bure.

EN CAS D’ANNONCE D’EXPULSION DE LA ZAD : RASSEMBLEMENT À COMMERCY CE MERCREDI 17/01 DEVANT LA SOUS-PREFECTURE À 18H30