Il y a 40 c’était Vital !

Il y a 40 ans, jour pour jour, Vital Michalon mourrait de l’explosion d’une grenade offensive OF37 en protestant contre la construction de la centrale nucléaire superphénix (actuellement en démantèlement).

Il y a 3 ans, Rémi Fraisse mourrait à son tour, sur le site de lutte contre le barrage de Sivens, dans le Tarn, du tir d’une grenade offensive dans son dos par un gendarme.

Il aura fallu attendre 37 ans pour que la grenade offensive OF soit suspendue à l’utilisation puis interdite au final, deux ans et demi plus tard, en mai 2017.

Depuis d’autres grenades à effet assourdissant ou de désencerclement ont fait leur apparition et ont largement pris le relais sur le terrain des luttes de territoire et sociales. Dans un rapport de l’IGPN/IGGN qui suivait la mort de Rémi Fraisse, on dénombrait entre 2010 et 2014 l’utilisation de 1161 grenades de désencerclement et 2219 grenades GLI F4 assourdissantes par les forces de l’ordre contre 435 grenades OF. Or, l’usage massif des premières dans les rues lors du mouvement social contre la loi travail et des secondes dans les terrains de lutte comme sur la lutte anti-THT du Chefresnes en 2012, celle de NDDL entre octobre 2012 et la fin du printemps 2013, ou encore à Bure le 18 février 2017, a occasionné un nombre considérable de mutilations et de blessures plus ou moins graves. Parmi celles-ci on dénombrera des pertes de vision totale ou partielle d’yeux touchés par des éclats ou projectiles de désencerclement (au Chefresnes), des lésions neurologiques graves (comme Romain sur la loi travail) ou des amputations de pieds, doigts, des lésions musculaires du fait des shrapnels de plastique et métal projetés lors des explosions de ces grenades à bout portant.

Grenades récoltées après le 18 février à Bure

En février 2018, lors de la manifestation organisée à Bure contre l’expulsion du Bois Lejus, une bonne partie des grilles de l’enceinte de l’écothèque avaient été renversées par les opposant.es à CIGEO. Et la préfecture avait annoncé le tir de 400 grenades lacrymogènes à cette occasion. Si nous en avions effectivement ramassé près de 200 dans le champ bordant l’écothèque, nous avions surtout pu retrouver les reliquats d’une bonne vingtaine de grenades GLI F4 censées se désagréger sans éclats lors de leur explosion.

Pourtant une bonne vingtaine de personnes avaient été blessées par des échardes fichées dans leurs bras et jambes et nécessitant même, chez certaines, une opération chirurgicale du pied ou de la main avec perte de sensibilité partielle.

Fragments de GLI F4 de la manifestation du 18/02/17 à Bure

Le triste anniversaire de la mort de Vital Michalon est l’occasion de se rappeler que la non-létalité des armes n’existe pas, que le terme de « létalité réduite » qui est parfois employé par les autorités pour se couvrir de ce qu’elle désigne trop souvent comme un accident, est encore plus glaçant pour ce qu’il sous-entend : le permis octroyé aux forces de l’ordre de tuer. Si on ne se fait plus trop d’illusions sur le systématisme de ce qui est trop communément appelé des « bavures », et plus particulièrement dans des quartiers populaires victimes d’un véritable racisme institutionnalisé de la police, il n’est jamais inutile de se rappeler que la main d’un policier est toujours plus létale quand son intentionnalité de blesser et mutiler est renforcée par le port d’une arme proportionnellement puissante. Que ce soit le flashball ou son remplaçant le Lanceur de balles de défense ou encore le Taser et les grenades de désencerclement et GLI F4, toutes ces armes ont déjà provoqué de trop nombreux décès ou mutilations graves.

Lorsque les gendarmes s’étonnent que nous nous offusquions autant de leurs « contrôles de routine » répétitifs autour de Bure, qu’ils se rappellent que les grenades qui garnissent leurs ceintures, les LBD et autres armes de poing qu’ils portent en bandoulière sont autant de souvenirs de Rémi Fraisse, de Vital Michalon  qui marquent au fer rouge les mémoires de tous les militant.es. Et que tous les Adama Traoré, Amine Bentounsi, Zyed et Bouna, Lamine Dieng, Wissam El Yamni et bien d’autres qui meurent loin des yeux, à l’ombre des tours de cités des quartiers populaires, devant le pare-choc d’une voiture, étouffés dans un fourgon ou sous les balles de policiers racistes, sont inscrits en lettres de sang sur le mémorial interminable de l’impunité policière, consacrée par des non-lieu judiciaires systématiques. Dans la responsabilité collective de l’institution policière qui par le biais de ses syndicats se solidarise comme un seul corps derrière ses meurtriers et ses brutes, il reste bien peu de place pour l’empathie avec le bon policier ou le bon gendarme du quotidien. Le harcèlement policier que nous subissons par périodes à Bure, et particulièrement ces dernières semaines ne peut pas non plus nous faire oublier le visage de la banalité du mal qui mue la courtoisie réelle d’un jour en obéissance aveugle aux ordres le lendemain.

Une pensée pour toi Vital, on ne t’oublie pas !